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TITINE EN PAYS TATAOUI

 

Depuis Agadir, un périple de 1400 km, en 6 jours et 4 étapes, par les provinces de

Tata, Gelmim et Tiznit…

Préambule

Fin décembre 2017, avec l’ami Michel, nous avions envisagé de refaire un grand tour dans la province de Tata afin d’aller visiter certains lieux que j’avais repérés, notamment dans la vallée d’Issafen, sur la belle route entre Igherm et Tata. Puis en janvier, un reportage de l’émission « Faut pas rêver » intitulé « Maroc, sur la route des oasis » (visible sur Youtube) présenté par Carolina de Salvo, me fait découvrir l’extraordinaire oasis d’Aguinane, située sur un des confins Est de la province de Tata.

Mon étonnement est d‘autant plus grand que depuis 13 ans que je viens dans cette province, rien ni personne ne
m’avaient informé du grand intérêt de ce lieu. Alors que tant d’organismes régionaux ou provinciaux sont sensés développer, depuis des années, le tourisme rural au travers d’une multitudes de rencontres locales jusqu’à internationales, on constate que toute cette agitation n’a eu d’autres effet, au final, que de donner l’illusion du développement – pour la prestance de certains et sans jamais déboucher sur rien de concret – au détriment du bien commun, avec pertes sociales, culturelles et économiques… Mais rien d’étonnant à cela dans l’accentuation de la déprime actuelle, et comme dit un proverbe marocain : « à quoi sert la lumière du soleil, si on a les yeux fermés »… et ce n’est pas le soleil qui manque ! Bref, si ce périple a été organisé pour le plaisir personnel de la découverte, il peut éventuellement démontrer – encore une fois – l’intérêt du principe de « l’Inventaire touristique » qui consiste à identifier les potentialités d’un territoire pour le partage et la valorisation de celui-ci. Programme sur 6 jours :

  1. Agadir—IssafenTata en visitant 2 vallées annexes de la vallées d’Issafen
  2. Tata—Aguinane—Tata—Oum Laaleg (Akka)
  3.  Séjour à Oum Laaleg avec visite du site de gravures et de l’oasis d’Akka
  4.  Akka— Agadir de Tadakoust— site de gravures d’Aït Ouabelli—Borj Biramane—oasis de Tirghmert
  5.  Tighmert—Guelmim—Legzira—Arbaa Sahel—Tiznit—Ouijjane
  6.  OuijjaneTanalt—Agadir

Nota : Malgré une latitude laissée à l’improvisation selon nos envies et au hasard des rencontres, ce programme s’avèrera bien adapté et facile à suivre.

La suite du document pourra donc permettre au lecteur de s’en inspirer pour un éventuel voyage en ces lieux, le but étant de vous faire partager nos découvertes, avec parfois le repérage de possibles randos qui pourraient, par exemple, inspirer certains membres de l’association ASAN d’Agadir qui s’évertuent – par l’organisation de randonnées dans un bel esprit de camaraderie et de respect des genres – à faire découvrir les originalités et beautés de la région; même si dans la vallée d’Issafen, comme à Tanalt et Aouguenz dans le jbel Lkest, il reste encore le problème de l’hébergement, malgré la multitudes de maisons facilement transformables en gites ou chambres d’hôtes. Puisse ce document participer à améliorer cette situation et inspirer ce type d’initiative en ces lieux attractifs. On peut rêver… ! Enfin, si je n’ai aucun goût à diffuser ces informations aux « professionnels » du tourisme qui n’ont qu’à se bouger les fesses et être un peu plus curieux et imaginatifs — au lieu de se copier et s’ignorer les uns les autres — j’espère que ce compte-rendu vous intéressera.       *Jean M.

Étape 1—Agadir—Issafen –Tata

Toutes les photos de ce périple sont visible ICI.

Pour cette première étape, nous sommes partis très tôt, à 6 h, de Tamraght où réside Michel, au volant de son intrépide et lumineuse Fiat Doblò— que nous appelons Titine par familiarité — afin de traverser Agadir sans encombre et d’arriver vers Issafen en milieu de matinée, par la double voie de l’aéroport jusqu’au niveau de Taroudant, où nous poursuivons à droite par la R109, là où une très longue montée vous fait grimper sur les plateaux vallonnés jusqu’à Igherm à 1 700 m. Sur place, remarquez-y la mairie style facteur Cheval sur la droite, puis descendez tout droit, toujours par la R109, sur 17 km jusqu’au village de Tanatamt où, un peu après un premier passage d’oued, une piste part à droite en contrebas , au niveau du panneau en béton ocré (voir photo).

C’est une piste carrossable en bon état que Titine avale en souplesse vers un petit col à 1,5 km, jusqu’à nous faire découvrir, à la même distance de l’autre côté, le premier douar perché Agadir N’Aït Taleb, puis 500 m derrière le bel agadir en pierre de Tanefgakht , puis encore après le douar perché de Taourirte.

Nous longeons une belle et ancienne mosquée en pierre ruinée (plus loin, une mosquée en béton, c’est plus noble, est en construction) pour aller jusqu’au bout du chemin carrossable en redescendant vers l’école en préfabriqué coloré habituel. Là, Michel pousse Titine dans ses retranchements sur une très étroite rue de contournement surplombant l’oasis que nous découvrons en contrebas. L’aventure se termine vite devant des rochers sur une plateforme qui laisse juste la place de manœuvrer pour le retour. Du village à gauche, des femmes et des enfants nous regardent arriver avec curiosité. Le contact est amical et les femmes comprenant notre curiosité pour le site, demandent aux enfants de nous accompagner, ce qu’ils font avec leur joie habituelle. Devant nous se profile une sorte d’éperon rocheux sur lequel subsiste de vastes ruines de l’ancien village construit au raz de la falaise qui domine l’oasis encaissée, 20 ou 30 mètres plus bas. On ne la voit pas, mais à travers la végétation on entend de l’eau cascader. On est à la confluence de deux oueds qui serpentent, environnés de falaises en strates d’escalier et le site est vraiment beau. Les observations détaillées sur Google Earth ne m’ont pas trompé. En face, on voit le douar Tizgui qui s’allonge sur une autre avancée inaccessible, de l’autre côté de l’oued principal. Les enfants nous entrainent à gauche sur les aires de battage circulaires se surplombant les unes les autres, d’où l’on a un très belle vue sur l’agadir Tanefgakht qui mériterait une sauvegarde et sûrement une visite…

Puis les enfants nous emmènent dans les ruines sur l’éperon, mais là ça devient vite risqué et nous devons modérer leur enthousiasme à la vue des pans de ruines en totale instabilité… Encore quelques photos et nous rebroussons chemin pour rejoindre la R109 afin de revoir le site par le sud, au niveau du douar Anzerg. 4 Sur la R109, après le souk isolé de la commune de Sidi Boaal dont dépendent ces douars, nous prenons une étroite piste en béton qui remonte à droite de la route et nous emmène en haut du douar Anzerg, sur le bord de la petite falaise qui domine l’oued.

On y voit plus bas des sentiers bien marqués qui remontent vers les lieux que nous venons de visiter et c’est probablement à partir de là que pourrait être organisée une belle rando par ces chemins à flanc de roche qui doivent forcément relier l’ensemble du site. Sûrement de quoi occuper une belle journée de rando avec beaucoup de diversité. Amis ASAN, à vos marques ! :))

Il est temps de se restaurer et nous rejoignons Issafen une dizaine de km plus bas. Comme à Igherm, ne vous attendez pas à des miracles en restauration tant les propositions et l’hygiène sont minimalistes en ces lieux. Nous vous conseillons toutefois le dernier café à gauche, direction Tata, où l’on peut se garer juste devant. Par chance, on nous propose des loubyias avec une sauce à la viande, et comme on adore ça… c’est le bonheur !

Le plat avalé et l’estomac calé, nous reprenons notre virée, direction Tata sur une petite quinzaine de km, l’occasion d’apprécier sur la gauche les montagnes à la géologie en forme de chevrons dont certaines crêtes sont occupées par des ruines de sites fortifiés, seulement accessibles par des sentiers construits en zigzag sur des pentes abruptes. Pour bien les observer, ne pas hésiter à s’arrêter car ils sont très confondus dans le paysage, des jumelles étant alors précieuses. Tout cet ensemble, et nous allons rapidement en voir d’autres, mériterait encore une véritable attention au plan de la sauvegarde du patrimoine.

Arrivés à Tnine Tizerght, c’est-à-dire au niveau de la mairie isolée, entourée de tout un aménagement urbain à droite de la route, nous prenons la piste goudronnée qui part juste après vers Ioual et les gorges de Tazergzaout. Environ 3 km de plan large et là, c’est le choc ! Devant nous se dresse alors un paysage 5 extraordinaire où le fond de vallée est dominé par une crête dont les motifs en chevrons scintillants nous émerveillent. On s’avance jusqu’à un passage d’oued où nous en prenons plein les yeux, armés de nos appareils photos. L’orientation différente des vastes dalles sommitales, comme on peut le voir en contraste sur les deux photos précédentes, renvoie la lumière du soleil avec des reflets métalliques étonnants qui pourraient presque faire croire à des crêtes glacées. C’est beau, c’est grandiose et ça procure de l’émotion…

Autant vous dire que nous sommes comme aspirés par la curiosité de découvrir la suite qui ne nous décevra pas. Après l’oued, une large et belle piste part à gauche. Il y a bien un panneau de chantier mais l’occasion est trop belle et nous nous engageons pour découvrir un incroyable chantier dans cette gorge qui commence. Cette piste, prévue pour être goudronnée, est entièrement taillée dans la roche, 10 ou 20 m au dessus de la piste de l’oued pour y suppléer lors des crues. Après 2 km, nous rencontrons des ouvriers qui nous signalent l’impossibilité de poursuivre plus loin. Nous devons alors nous retourner pour reprendre la piste originelle dans l’oued,

Là, l’attention de Michel est attirée par une moto qui nous suit et il la laisse nous doubler pour lui éviter notre poussière. Quelques centaines de mètres plus loin le conducteur s’arrête et nous fait signe. Il veut nous inviter chez lui et nous acceptons. Il nous conduit un peu plus loin au niveau d’un douar. Là, surprise, nous apprenons que c’est l’imam du coin et nous le suivons à pied jusqu’à sa petite mosquée où il nous montre fièrement la salle de classe coranique, ses outils d’écriture toujours ancestraux, puis l’intérieur de la petite salle de prière, toute blanche avec ses jolis piliers reliés par des arcades. Habitués à ne pas être autorisés à rentrer en ces lieux, nous hésitons, mais il nous invite chaleureusement à pénétrer et ça nous émeut. De là, quelques marches et une terrasse plus haut, nous pénétrons chez lui dans un petit salon très simple aéré en hauteur, où sa femme nous prépare une collation de thé et biscuits. Ils sont tous deux d’origine haratine et comme on peut souvent le remarquer, les femmes noires sont beaucoup moins farouches que les berbères blanches. De fait, durant toute notre présence, elle reste assise à nous écouter sur les marches qui mènent à sa cuisine. Les connaissances en français de l’imam étant réduites, et les nôtres en berbère encore plus, nous épuisons rapidement nos échanges et prenons congé pour aller voir plus avant, en remontant l’oued, et par là même le chantier en cours qui s’étale sur 12 km en taillant dans la roche. Le long de l’oued est habité de plusieurs douars : Anegbi, Tighemart, Tazegzaout (qui signifie le lieu vert) Timkit et un ou deux encore plus en amont. Mais cela représente peu de population et même si les travaux réalisés simplifierons l’accès et la vie des gens, on se demande ce qui motive en ces lieux retirés cette débauche de moyens (pas loin d’une dizaine de grosses pelles mécaniques neuves de marque Volvo). L’accès à une future mine d’or comme il en existe plusieurs dans le coin ? Possible…

Notre visite avec l’imam s’est donc poursuivie jusqu’à la fin du chantier entre deux courbes de l’oued surplombé à cet endroit par une petite tour de garde en pierre sèche et encore en bon état.

Quoi qu’il en soit des raisons, une belle route touristique est en train de naître et pourrait valoriser les potentialités touristiques de cette vallée, comme la randonnée. En prenant des photos nous avions remarqué une piste vertigineuse montant vers les crêtes en rive gauche. On la retrouve sur Google Earth où elle mesure 4 km sur 600 m de dénivelé. Cette piste rejoint les plateaux ondulants du dessus et, vue les divers emplacements de ruines qui s’y trouvent, elle devait servir à faire circuler les troupeaux, alimenter les bergers et redescendre les herbes et fourrages, à l’époque où les pâturages existaient encore. De toute évidence, sur les sommets, certains passages sur les immenses dalles inclinées doivent être spectaculaires. Sur l’autre rive, d’autres sentiers en pleine falaise jouent le même rôle et la encore les amis Asan ont de quoi se régaler à organiser des circuits de découverte…

Nous repartons reprendre la route vers Tata où dès le passage au niveau de l’oasis de Tizgui Ida ou Balou le paysage de la R109 devient grandiose sur une vingtaine de km, avec le luxe d’un revêtement impeccable et presqu’aucune circulation. Vous y remarquerez aussi, sur l’autre rive, les longues lignes de la première piste d’accès à Tata. Passé Imitek , comme l’horaire nous le permet, nous faisons un crochet par Agouliz, douar connu pour ses cascades à 1 km en amont du village. L’accès depuis la nationale en est maintenant facilité par une route goudronnée de 7 km. Un rapide tour du village, quelques photos et comme le soleil décline nous rejoignons le camping Hayat à Tata où nous attend un copieux tagine et une nuit sous tente berbère. L’endroit est agréable le long de l’oued Tata, de l’autre côté de l’hôtel « Le Relais des sables » qui est juste en face, à côté des deux stations service. Comme la soirée est venteuse et que nous sommes les seuls clients, nous dégustons notre tagine à l’intérieur de la cuisine, le camping ne possédant pas de salle fermée.

Étape 2—Tata—Aguinane—Tata—Oum Laaleg (Akka)

Sans nous presser, nous prenons la route d’Aguinane à 115 km, en traversant la ville de Tata en direction de Tissint par la N12, jusqu’au croisement bien indiqué où part à gauche la P1743 dans la direction d’Akka Ighane. Là, traverser tout droit pour continuer par la P1800 sur une route toujours plate et languissante à travers la steppe d’acacias, jusqu’au premier croisement d’où part à gauche la route vers Aguinane. Pas de panneau routier (?), juste un panneau métallique indiquant la direction de l’auberge d’Aguinane. De ce point, le paysage s’anime et prend du relief avec un premier arrêt dans la traversée du douar Tamsoulte qui possède quelques jolis murs en pierre et un premier vestige de rucher en pierres sèches. Ce n’est que le premier, car 2 à 3 km plus loin, la découverte du douar Adghers-n-Warfaln (toujours pas de panneaux), avec son magnifique agadir en pierre aux façades toutes en courbes, nous découvrons de nombreuses autres ruines de ruchers rassemblés (au moins une vingtaine) qui témoignent de l’ancienne importance de l’apiculture dans ce territoire aujourd’hui en désertification. Il est fort à parier que la production de miel a longtemps été la richesse de cette vallée… Plus loin, la route récemment refaite grimpe un instant vers les montagnes pour redescendre dans le lit de l’oued et le suivre en offrant de jolis spectacles, jusqu’au douar de Timzoughine avec de beaux vestiges de fortifications sur un crête latérale. Juste après le douar de Kiriwt nous pensons que le goudron se termine, mais sa disparition n’est que la conséquence de la précédente crue qui a emporté la route sur plusieurs centaines de mètres. On retrouve le goudron juste après, au croisement qui mène à gauche à Azegza et à droite vers Aguinane tout proche. C’est par la gauche qu’il faut prendre car, juste un peu plus loin, une toute nouvelle route taillée dans la montagne monte à gauche, au dessus des douars successifs de la vallée. Cette nouvelle route qui permet de désenclaver l’ensemble de l’oasis, offre de très jolies vues sur celle-ci et les montagnes environnantes. On la suit jusqu’au pied de la piste étroite originelle qui vient de l’oasis et monte vers les plateaux du dessus, là d’où vient l’oued qui alimente la vallée. A droite, cette piste descend 8 dans l’oasis et nous l’emprunterons au retour. Pour l’instant nous grimpons vers le sommet de la piste qui serpente devant nous, en nous faisant passer en seulement 1,5 km, de 1 300 m à presque 1 500 m d’altitude. Autant que vous dire que Titine doit y aller de toute son énergie, sous la conduite experte de Michel qui ne relâche pas son attention. Amis des émotions fortes, je vous conseille ce passage ! Dans un dernier effort, Titine atteint le sommet où nous la laissons souffler pour profiter du spectacle qui s’offre à nous. C’est grandiose ! Nous surplombons toute une oasis suspendue en divers niveaux qui laissent entrevoir des cultures jusqu’au bord du vide, et des bassins d’irrigation. L’oued qui arrive à plat depuis les plateaux, le long de la piste qui se poursuit, a creusé un lit tout en cascades avec de profondes vasques, en déposant d’épaisses coulées de tuf calcaire ocré. Durant les crues, il est facile d’imaginer l’ampleur du spectacle sur plus de 200 m de dénivelé… Pour l’instant, le lit à sec de l ‘oued sert d’incinérateur pour les poubelles du douar Asrargh qui est devant nous. On y distingue un agadir assez ruiné et une nouvelle construction en béton évoquant une kasbah. Probablement un projet touristique. Juste un peu plus loin, sur la piste qui permet de rejoindre Taliouine à 65 km de là, on distingue à gauche le départ d’une ancienne piste qui passe par les montagnes au dessus de la vallée d’Aguinane. Vérifications faites, cette piste aérienne de 5,5 km au dessus de la vallée rejoint à flanc de montagne le début de la nouvelle route empruntée. De fait, on va le constater, la poursuite de la piste à travers l’oasis d’Aguinane est impossible en période de crue. Il fallait donc contourner, la difficulté, ce que permet également la nouvelle route. Avant la redescente, nous constatons qu’au pied de la côte des véhicules et quelques motos attendent notre arrivée, car il est impossible de se croiser sur toute la longueur de la piste. Une fois en bas, nous continuons à gauche pour descendre dans l’oasis, entre les maisons, avec la aussi des passages étroits et quelques rampes bien raides qu’il vaut mieux prendre à la descente, jusqu’au lit de l’oued où l’espace s’élargit un peu. Là, des hommes se rassemblent avec à côté quelques vaches et moutons parqués le long de l’oasis. Celle-ci est extrêmement dense, les hauts palmiers ayant été plantés très serrés. Nul doute qu’il y a beaucoup à découvrir dans cette densité sur les deux rives. Nous repartons en traversant l’oued pour changer de rive et arriver à l’Auberge Aguinane, la seule. L’endroit parait bien tenu et les patrons étant en voyage, ce sont les jeunes employées qui nous accueillent et nous préparent une omelette à la tomate pendant que nous regardons passer les élèves qui rentrent de l’école proche. Le retour sur Tata se fait assez rapidement, en moins de 2 h, si bien que cela laisse le temps de montrer à Michel l’ancien quartier Tighmert, en architecture de terre très ruinée, à droite au nord de la ville. Seule deux portes permettaient d’accéder et de sécuriser ce quartier et c’est toujours étonnant et émouvant de circuler par ces étroites ruelles, dont certaines parties couvertes sont très sombres, ce qui permettait à la fois de gagner de la place et de se mettre à l’abri du froid, comme de la chaleur. (Une époque pas si lointaine ou l’architecture était encore le fruit d’une longue et intelligente adaptation, avant que ne débarquent le béton et les agglos qui, sous l’illusion d’une modernité mal encadrée et mal orientée, dénaturent bien trop souvent des espaces et habitats locaux traditionnels, sans aucun égard avec le patrimoine ni adaptation au climat…) En fin d’après-midi, nous rejoignons par la N12 la maison en terre d’Oum Laaleg, à 55 km à côté d’Akka, où après avoir balayé et lavé la cour sous tonnelle et annexes, nous installons notre bivouac de luxe avec wc/douche en bout de tuyau d’arrosage, réfrigérateur et même bonne réception de la 3G, grâce au palais des émiratis tout proche. (Ils viennent ici élever des outardes houbara, échassier terrestre trapu dont la passion dévorante leur a fait réaliser ce palais ultra-moderne, un grand espace d’élevage, ainsi qu’une piste d’atterrissage de 3 000 mètres aux normes internationales entre Akka et Tata. Quand on aime, on ne compte pas, c’est bien connu). Nous retrouvons ensuite à sa ferme l’ami Boujemaà, ingénieur à la province et ancien maire d’Akka, avec son sourire, ses pastèques et melons bios et bien sucrés, et prenons rendez-vous pour le lendemain matin afin d’aller visiter le site de gravures rupestres d’Oum Laaleg ( ou Oum El Alek, Oume Lalègue, etc.) à 3 km au sud…

  • La culture de la pastèque s’est développée dans les zones proches de Zagora et Foum Sguid « en engendrant de la part de la population des “manifestations de la soif” contre les coupures d’eau récurrentes, des accusations envers le ministère de l’Agriculture qui a encouragé cette culture qui “profite aux grands agriculteurs au détriment des habitants” et des critiques contre l’Onep pour sa “passivité” dans la gestion de la crise ». Cela ne l’empêche pas de se développe maintenant, et sans plus de limites, dans la province de Tata alors que le régime pluvial de la zone est passé de 130 mm à 30 mm/an avec zéro pour l’hiver 2017. Séduits par sa forte rentabilité (quand tout va bien, sauf pour ce printemps très venteux qui a réduit de moitié la production) les petits agriculteurs locaux, en concurrence avec des investisseurs/ agriculteurs souvent venus d’Agadir avec leurs réseaux commerciaux et leurs produits chimiques, ne font pas le poids face aux intermédiaires qui n’ont que faire de la qualité, leur seul but étant d’acheter le moins cher possible. Il est désolant de constater la passivité des autorités qui, sans retenir aucune leçon, laissent libre-cours aux nombreux forages qui émaillent le paysage, sur fond de corruption évidente…

Étape 3—Oum Laaleg avec visite du site de gravures et de l’oasis d’Akka

Nous nous préparons à rejoindre Boujemaà quand celui-ci nous informe par téléphone d’un contretemps et qu’il ne sera là qu’en fin de matinée. Avec Michel nous partons donc faire le tour de l’Oasis d’Akka (circuit goudronné qui fait environ 15 km) pour nous arrêter, au nord de l’oasis, au passage à gué de l’oued Akka dont le lit a reçu l’aménagement de plusieurs déversoirs financés par le PEUPLE AMERICAIN, comme en témoigne encore un panneau. On y découvre plusieurs plans d’eau végétalisés qui contrastent avec l’aridité de l’environnement. Définition du territoire touristique de l’oasis d’Akka Administrativement, l’oasis d’Akka est partagé en deux territoires :  à l’Est, la commune rurale d’Akka avec les quartiers d’Akka-centre traversés par la RN 12 et les douars de Laqbaba, Agadir Ouzrou et son bel ensemble d’architecture en terre…  à l’Ouest, avec la commune de Sidi Abdellah Ben Mbarek, comprenant les quartiers de Tagadirte, Taourirte, Rahala, Aït El Har, en un seul ensemble, puis les quartiers de la Zaouiet Sidi Abdellah Ben Mbarek avec son minaret restauré et Aït Rahhal… À cet ensemble homogène de l’oasis, on rajoute le douar d’Oum Laaleg, situé à 7 km sur la route de Tata.

Dans les quartiers de Tagadirt et Taourirte, on y découvre encore l’ancien mellah et sa synagogue ruinée, lieu où est né en 1826 un très célèbre et extraordinaire personnage, le rabbin Mardochée Aby Serour qui fut le premier juif à s’installer à Tombouctou après cinq siècle d’interdiction aux infidèles. Aventurier polyglotte et correspondant de scientifiques européens, il fut choisi en 1883, à 57 ans, fatigué et malvoyant, pour guider un jeune prétentieux de 25 ans: le célèbre Charles de Foucauld qui n’eut rien pu faire sans Mardochée dans un royaume en grand partie hostile aux étrangers. Cela n’empêcha pas Mardochée de mourir dans la misère, peu après à Alger, oubliés de tous. Il serait digne de rendre un hommage particulier à cet homme hors du commun, dont le film de sa vie est une grande épopée, en témoigne ce livre passionnant et peu facile à trouver de Jacob Oliel.

Après ce périple nous allons boire un verre au nouveau café du centre touristique* situé à la sortie d’Akka, en direction de Tata. Si vous voulez voir tout ce qu’il ne faut pas faire en équipements touristiques, c’est le lieu idéal. Au départ, l’intention était bonne, mais à trop vouloir copier des équipements urbains sans un minimum de réflexions et d’adaptation au climat on a réussi le tour de force de cumuler toutes les erreurs possibles. En détail voici ce que ça donne :  Un mini parc très peu fréquenté, avec bancs autour d’une fontaine aux lignes futuristes et sans eau.  Un hôtel si mal conçu qu’il n’a jamais trouvé de gérants et donc de clients en 10 ans.  Un musée jamais ouvert.  Un camping de 201 emplacements, entièrement goudronné, sans aucune végétation ni ombre (?) entouré de murs avec au fond des sanitaires trop grands et mal conçus sur 40 mètres de long.  Enfin, la touche finale avec un récent café sonore à l’ambiance hall de gare, entouré de couteuses Dans les quartiers de Tagadirt et Taourirte, on y découvre encore l’ancien mellah et sa synagogue ruinée, lieu où est né en 1826 un très célèbre et extraordinaire personnage, le rabbin Mardochée Aby Serour qui fut le premier juif à s’installer à Tombouctou après cinq siècle d’interdiction aux infidèles. Aventurier polyglotte et correspondant de scientifiques européens, il fut choisi en 1883, à 57 ans, fatigué et malvoyant, pour guider un jeune prétentieux de 25 ans : le célèbre Charles de Foucauld qui n’eut rien pu faire sans Mardochée dans un royaume en grand partie hostile aux étrangers. Cela n’empêcha pas Mardochée de mourir dans la misère, peu après à Alger, oubliés de tous. Il serait digne de rendre un hommage particulier à cet homme hors du commun, dont le film de sa vie est une grande épopée, en témoigne ce livre passionnant et peu facile à trouver de Jacob Oliel. 11 pergolas en béton qui ne protègent pas du soleil (voir photo). Devant, 2 piscines entourées de centaines de m² de pavés autobloquants avec un bâtiment vestiaire et sur le côté un terrain de jeux de boules jamais utilisé, ainsi que des jeux pour enfants (c’est la seule animation qui fonctionne le soir car sans ombre, et qui bien sûr n’est pas bien éclairée la nuit). Les deux piscines récentes n’ont jamais vue d’eau que déjà il faut refaire les revêtements en petits carreaux qui se décollent sous l’action du soleil. Comment imaginer qu’en ce lieu des gens viendraient se baigner devant une terrasse de bar, en traversant un sol de béton brulant ? Sans parler des grandes quantités de poussières soulevées lors des fréquentes périodes venteuses… Aberrent !

*– On pourrait en rire si l’ensemble n’avait englouti plus de 10 MDH, soit plus d’un million d’euros d’argent public dans un ensemble mal foutu et presque sans retombées qu’il faut maintenant entretenir. C’est particulièrement désolant quand tant de besoins fondamentaux, comme la santé et la culture, sont si mal assumés…

Nous retrouvons enfin Boujemaà et partons sur le site de gravures rupestres 3 km au sud d’Oum Laaleg qui signifie, à ce qu’on m’a dit, quelque chose comme la mère sangsue, probablement en référence à l’oued proche qui, il y a encore 50 ans selon témoignage, alimentait des trous d’eau permanents où l’on venait pêcher « des petits poissons qui étaient vendus aux juifs ». Une fois sur le site, nous rencontrons un couple de retraités Français qui arrivent en même temps que nous et les invitons à nous accompagner sous la docte conduite de Boujemaà qui se fait un plaisir de nous indiquer et présenter les différentes gravures, pas facile à trouver sur ces crêtes de roches. Ces gravures, dont les plus anciennes peuvent avoir 6 000 ans, décrivent la faune d’alors : girafes, éléphants, antilopes, rhinocéros…, jusqu’à des vaches domestiquées il y a 3 000 ans. Difficile d’imaginer au même endroit de vastes plaines herbeuses et la vie des hommes qui y ont laissé de si nombreuses traces dont la majorité a dû disparaitre sous l’effet des l’écaillage des roches soumises au soleil ardent. La protection de ces sites reste aussi une préoccupation, en preuve cette récente inscription sur une dalle comportant une gravure et qui a value à son auteur, guide local, une remontée de bretelles par téléphone… La visite se termine à l’ombre d’un acacia par la dégustation rafraichissante des melons et pastèques bios, fierté méritée de Boujemaà qui, au retour, nous remplit le coffre de ces produits savoureux, après un tagine et une petite sieste à sa ferme…

Étape 4—Akka— Agadir de Tadakoust— site de gravures d’Aït Ouabelli—Borj Biramane—oasis de Tighmert

Départ à 8 h vers Aït Ouabelli à 40 km par la N12 aux longues lignes droites. Une fois arrivés à Aït Ouabelli au niveau du chantier du pont sur l’oued, nous prenons à droite sur 18 km la route rectiligne qui nous amène à Tadakoust pour visiter son agadir perché. Perché vous dites ? C’est peu de le dire et dans la lumière du matin il semble inaccessible au sommet de son piton dominant le douar lové à ses pieds. Je rêvais depuis longtemps de venir le visiter, mais je ne m’attendais pas à une site aussi majestueux. Je suis impressionné et exagère la difficulté d’accès, ce que Michel modère à juste raison. Nous continuons après le goudron en traversant le douar pour approcher sur le côté, puis revenons pour nous renseigner, jusqu’au moment où nous rencontrons Abdeslam, le jovial guide noir local . Présentations faites, il nous entraîne depuis le douar par un escalier prolongé par une trace caillouteuse qui nous conduit au pied de l’agadir où on découvre un étroit escalier tortueux, quasi vertical sur une bonne dizaine de mètres de haut. Quand je dis escalier, c’est dans l’esprit car il s’agit plutôt d’un empilement de petites dalles instables dont certaines sont carrément posées en surplomb. Pour tout dire, ça s’escalade plus que ça ne se grimpe, les bonnes prises étant rares. Ne vous fiez pas à la photo, car ça file vraiment les miquettes avec le vide en dessous. Amis ASAN, si on jour vous venez en ces lieux, apportez impérativement une corde, voire un baudrier, pour sécuriser le passage des moins téméraires, car pour l’instant beaucoup de ceux qui viennent là n’osent pas monter. Et c’est dommage, car une fois en haut le spectacle vaut vraiment la peine. On peut facilement se promener à travers les ruines bien lisibles de l’agadir et apprécier les différents points de vue, ainsi que l’architecture des murs restants dont une partie est bâtie sur de magnifiques blocs qui semblent avoir été taillés pour l’occasion. La redescente redoutée arrive et je l’entame sur les fesses avant d’avoir le courage de me redresser sur la fin. Mes compagnons, plus à l’aise, descendent debout et je les envie, mais bon, je suis déjà content d’être monté… et redescendu sans dommage.

Tadakoust – Pour accéder au pied de l’agadir, vous ne trouverez pas depuis le village de chemin évident. Le mieux, quand vous arrivez après le goudron, est de suivre jusqu’au bout la piste qui suit le petit oued jusqu’après la dernière maison, l’agadir étant de profil à gauche. C’est là qu’il serait opportun de délimiter un petit parking avec un muret en pierres et un panneau d’information, puis de retracer en zigzag l’ancien sentier jusqu’au pied de l’agadir. De ce point, il faut juste un petit quart d’heure pour monter, ce qui est plus logique que depuis le village où un projet d’escalier peu réaliste et beaucoup plus coûteux serait envisagé

De retour au village, notre guide nous montre la maison où durant l’occupation française ont été construits les premiers WC qui ont beaucoup intrigué à l’époque. Plus loin dans la rue on découvre le musée Bab Ali qui compile une collection d’objets et d’outils anciens sur 3 niveaux d’une maison traditionnelle, jusqu’à ce que Michel découvre qu’il a perdu ses lunettes de vue. On consulte nos photos et c’est notre guide qui découvre l’endroit approximatif : en haut dans l’agadir. Il ne reste plus qu’a remonter :(( En attendant, on poursuit la visite de la rue principale, les parties couvertes avec les trous dans les pierres pour faire les balles des gardiens des portes, le rocher sur la place publique où les condamnés étaient attachés le temps de leur punition, l’association où les femmes sont en train de cuire du pain sur cailloux, l’horloge solaire avec une dalle verticale, puis le retour par l’oasis où l’on remarque des touffes de plans de tomates entourées de grillage. Ces tomates ne sont pas plantées, c’est la germination des graines emportées à la sortie des tuyaux d’égouts… Une bonne et simple solution. Une fois les lunettes retrouvées par Michel et Abdeslam qui font l’aller-retour à l’agadir en un rien de temps, notre guide nous convie à un repas dans le jardin devant sa maison où il déploie tapis et coussins avec l’aide de ses enfants. Dans nos conversations il nous dit avoir bénéficié d’une formation touristique à Tata. Je ne sais pas ce qu’il en a été mais je lui explique qu’il serait bien, pour son activité, de définir une base de prix car c’est souvent la même chose : quelqu’un arrive d’on ne sait où, propose d’accompagner pour le plaisir et finit par vous inviter à manger. C’est sympathique, mais en même temps on sait bien que ça ne peut pas être gratuit, surtout de la part de gens aux revenus modestes. Pour les initiés, on sait à peu près comment faire mais pour les autres ce n’est pas évident. Enfin, avant cela, il serait plus logique que les guides locaux aient un vrai statu, une formation utile et une reconnaissance. On peut rêver… En partant de Tadakoust, à 2 km sur un monticule au pied d’un relais téléphonique, est posé un bâtiment en pierre d’inspiration mini kasbah. C’est censé être un musée de l’agadir qui doit bien rarement recevoir des visiteurs. Encore un investissement aussi improbable que son lieu d’implantation.

Heureusement qu’à Aït Ouabelli, je viens de le découvrir en écrivant ces lignes sur le blog de l’architecte Salima Naji, un centre culturel vient d’être terminé et les photos montrent une réalisation remarquable d’intégration, alliant le modernisme, les matériaux nobles et locaux avec l’ingénieuse et élégante adaptation climatique. Une référence à visiter. Il faut espérer que la gestion de cet espace sera à la hauteur de cette belle et étonnante réalisation…

Une fois à la sortie d’Aït Ouabelli je propose à Michel d’aller voir un autre site de gravures visité 10 ans auparavant. La piste part des dernières maisons vers le sud, puis 1 km plus loin nous bifurquons à gauche sur une piste assez bonne jusqu’à arriver dans une zone sableuse où la prudence nous conseille de ne pas amener Titine au-delà de ses possibilité. En fait, il me semble reconnaitre le site 4 ou 500 mètres plus bas et nous le rejoignons à pied. C’est bien là, nous avions bifurqué trop tôt à gauche. Nous recherchons les quelques gravures sur les arêtes rocheuses jusqu’à croiser deux jeunes bergères qui suivent leur troupeau de chèvres. Nous les retrouvons au sommet des plus gros blocs et après quelques échanges, sans pouvoir satisfaire leur besoin de batterie de smartphone, nous retrouvons la route jusqu’à Borj Biramane pour saluer les amis Paul et Philippe et boire un verre, avant de continuer. Un seul est présent, mais occupé nous ne le verrons pas. Après quelques caresses au chat du salon du bar, j’en profite pour acheter le dernier petit livre cosigné de Salima Naji sur la source Aïn Aqdim de Tiznit, et Michel un tee-shirt…

Borj Biramane, à Icht , à côté de Foum El Hisn, est l’étape idéale pour ceux qui veulent découvrir cette région. Les deux frères Paul et Philippe, avec maintenant une bonne équipe bien rodée, on su créer de toute pièce un lieu d’accueil très agréable et très bien conçu, avec des prix justes et accessibles, même aux bourses modestes. Il n’y a pas de superflu, mais tout a été bien pensé, avec une amélioration constante, dans le soucis du détail. Le résultat est que malgré la situation, et ouverts toute l’année, ce sont les seuls à bien fonctionner dans la région, en opposition à Akka et en précisant qu’ils n’ont reçu aucune aide financière…

Nous reprenons la route en laissant sur la droite la belle vallée de Tamanart, puis la route d’Amtoudi, jusqu’à Taghjijt où, juste après, nous prenons à gauche la route perpendiculaire qui rejoint Fask, jusqu’à la maison Saharaouie traditionnelle en terre, au cœur de l’oasis de Tighmert, à 15 km de Guelmim. Durant le parcours nous verrons le climat changer et passer de la chaleur ensoleillée à la fraîcheur nuageuse, ce qui est assez fréquent en ces lieux où l’influence océanique se fait sentir. A l’arrivée, je retrouve avec plaisir Saliha la maîtresse des lieux d’origine Française, très impliquée dans la vie locale, avec Zineb sa fille adoptive. Je ne l’avais pas revue depuis longtemps et c’est avec plaisir que je retrouve cette maison traditionnelle, entourée de palmiers et de champs. C’est aussi une petite ferme avec de nombreux animaux (poules, canards, oies, paon, chèvres, ânes…). La maison saharaouie est le lieu idéal pour ceux qui veulent s’immerger dans l’ambiance d’une maison traditionnelle en terre, avec une douche/hammam et des toilettes sèches qui sentent bon la sciure (et très peu le reste). La cuisine est vraiment traditionnelle et excellente, les repas se prenant seulement le soir dans la salle commune auBorj Biramane, à Icht , à côté de Foum El Hisn, est l’étape idéale pour ceux qui veulent découvrir cette région. Les deux frères Paul et Philippe, avec maintenant une bonne équipe bien rodée, on su créer de toute pièce un lieu d’accueil très agréable et très bien conçu, avec des prix justes et accessibles, même aux bourses modestes. Il n’y a pas de superflu, mais tout a été bien pensé, avec une amélioration constante, dans le soucis du détail. Le résultat est que malgré la situation, et ouverts toute l’année, ce sont les seuls à bien fonctionner dans la région, en opposition à Akka et en précisant qu’ils n’ont reçu aucune aide financière… 15 tour de petites tables basses. On y mange tous ensembles et cela facilite grandement les relations fraternelles entre les divers résidents, Saliha prolongeant la soirée dans le coin salon légèrement surélevé, en servant le thé qui alimente les papotages de ceux qui s’installent sur les coussins autour d’elle. Pour les petits déjeuners copieux, on peut choisir divers recoins du jardin pour y déguster les confitures et pain maison…

Le Moringa. Le hasard a voulu qu’à notre arrivée on croise des jeunes clients portant des tee-shirts rouges sur lesquels je lis en lettres blanches : Digne les bains… Digne ? Mais c’est la préfecture de mon département français : les Alpes-de-Haute Provence, à 50 km de là où j’habite… Curieux, je me présente donc en voisin et questionne. Il s’agit d’un groupe d’étudiants de l’antenne de l’université agronomique venant dans cette région, avec leurs encadrants, pour sensibiliser aux plantes mellifères, après être passés à Tata. Intéressés, nous découvrons qu’ils essaient de promouvoir des bacs d’arrosage qui s’enterrent ; le polyter, un rétenseur d’eau ; des plants et des graines de moringa, « l’arbre de vie » aux nombreuses vertus nutritionnelles et dont j’avais aussi remarqué la culture potentielle pour cette région, ce qui accroît mon intérêt . Les graines viennent d’Inde et du Sénégal et comme ils en ont de trop, ils me les confient pour que j’en fasse bon usage en les distribuant à bon escient, ce que j’ai fait.

Étape 5—Tighmert—Guelmim—Legzira—Arbaa Sahel—Tiznit—Ouijjane

Après un petit-déjeuner avec les étudiants et leurs accompagnateurs, nous partons vers Guelmim pour découvrir à l’extérieur de la ville, côté Fask, un tout nouveau Marjane, grand signe de développement. Il faut dire que la ville de Guelmim est dirigée par un maire indéboulonnable qui a placé toute sa famille dans les communes alentours et qui ne lésine pas sur le somptuaire par le détournement de subventions d’état allouées aux communes du Sud : ronds-points aquatiques avec jets d’eau, plus de 20 ha d’équipements sportifs et culturels sans réel fonctionnement, jusqu’à l’aménagement de 2 à 3 km d‘une rive de l’oued qui traverse la ville, sur le modèle plus évolué de la corniche d’Agadir. Des frasques qui ont valu le limogeage du précédent wali… Ceci dit, la ville s’agrandit et se modernise plus vite que les mentalités. Après un petit détour sur une ferme en direction de Tan-tan où Michel a vécu une expérience antérieure, nous poursuivons vers Sidi-Ifni toujours par la N12, dont les derniers tronçons sont en train d’être refaits. Beaux paysages de collines couvertes de cultures de figues de barbarie ou aknari. Une culture largement subventionnée par l’Agence du Sud mais qui tarde à produire une véritable économie, les produits dérivés comme l’huile, les conserves, jus et autres ayant du mal à se commercialiser. Par la R104, nous remontons jusqu’à Legzira où nous allons faire un tour jusqu’à la première arche restante. Au loin, la seconde arche n’est maintenant plus qu’un amas de roches. Juste après la première, pour ne pas être visible sur les photos, nous découvrons un jeune garçon assez malin pour proposer, grâce à une presse manuelle sur une table, du jus d’orange tout frais à 5 dh le verre que nous dégustons avec plaisir dans cet endroit magique. Il nous faut ensuite dépasser Mirleft pour trouver un restaurant bord de mer offrant des plats de poissons. Nous y retrouvons tout un contingent de 4x4 suréquipés, dans le cadre d’un rallye féminin qui poursuit vers la Page Blanche. Toujours par la R104, nous faisons un petit crochet par le souk d’Arbaa Sahel dont une partie des arcades en pierres de taille date du protectorat. Pour le visiter, descendre depuis la route, tout droit jusqu’en bas du bourg et rentrer dans un grand quadrilatère d’environ 150 x 100 m avec au centre, et de chaque côtés, des bâtiments avec les plus anciennes arcades en pierre recouvertes de peinture jaune. Dans le vaste espace droit, la commune vient de réaliser un grand centre culturel – dont l’architecture n’a tenu aucun compte de l’environnement patrimonial architectural – et qui, comme d’habitude, peine à se mettre en route par manque de moyens. Mon mauvais esprit nous fait passer par là pour prendre en photos la longue terrasse extérieure qui, lors de ma dernière visite au maire qui a beaucoup d’ambition et de projets pour sa commune, m’a fait réagir. Voilà une réalisation neuve, dernière touche du bâtiment existant, qui a été entièrement bâtie de travers : marches inégales, 17 arêtes tordues, lignes de carrelage en zigzag, etc., comme si le cordeau n’avait pas encore été inventé, ce qui est difficile à comprendre. Mais cela est accepté par les commanditaires communaux dans une sorte de fatalisme, en contrepartie d’un coût de main d’œuvre trop bas… Nous voilà maintenant à Tiznit où après nous être garés sur la place du Méchouar, nous traversons une partie de la médina pour aller voir la réhabilitation patrimoniale de la source historique, Aïn Aqdim ou « Source bleue », mis en œuvre par l’architecte Salima Naji citée précédemment. Cette source est à l’origine du mythe de fondation de la ville par la sainte Lalla Zninia qui l’aurait découverte entre le XIIe ET XVe siècle. Dans ce cœur historique on peut aussi voir la Mosquée Idagfa, tombeau présumé de Lalla Zninia, la Kasbah Aghenaj, aménagée en musée et l’étonnante mosquée Jemaa Lkbir. Malheureusement, lors de notre passage le rideau d’eau sensé recouvrir les arcades n’était pas en activité et les bassins contenaient de nombreux détritus, laissant une désagréable impression d’abandon… Dommage. Toujours par la R104 en direction de Tafraout, nous rejoignons Ouijjane à une vingtaine de km, où les amis Michel et Valérie Letellier commencent juste à ouvrir leur accueil Sous les palmiers bleus (souslespalmiersbleus.com) avec bivouac berbère. L’accueil et l’endroit sont chaleureux sur un terrain d’environ 2 ha avec de très beaux ombrages sous de hauts oliviers qui abritent tentes et sanitaires bien réalisés. Avec un autre couple, nous sommes les tous premiers clients à inaugurer l’hébergement soigné et une bonne restauration qui en font une nouvelle bonne adresse pour venir découvrir cette région du Maroc. Valérie accompagne depuis de nombreuses années les sorties en Quad. Malheureusement, 5 mois après cette visite, les autorités locales trainent toujours du pied pour accorder l’autorisation officielle, en contradiction totale avec les directives Royales qui demandent une meilleure efficacité administrative…

Étape 6—Ouijjane—Anezi—Tanalt—Timjijcht—Aouguenz—Agadir

Après un petit déjeuner copieux, nous quittons nos amis Michel et Valérie et rejoignons la R104 en coupant à travers une piste, puis la remontons environs 4 km vers Tiznit afin de bifurquer à droite vers Anezi. Ce matin, le temps est nuageux et quelques gouttes commencent à piqueter de plus en plus le parebrise de Titine à mesure que nous avançons sur cette route vallonnée et plus pittoresque qu’elle ne l’était dans mes souvenirs. Il faut dire qu’avec la pluie et la verdure qui s’accentue, les paysages prennent une autre dimension, mettant en valeurs les nombreux douars qui jalonnent la route. Nous remarquons aussi que les arganiers sont rutilants de beaux fruits perlant sous la bruine qui les magnifie et c’est un plaisir que de s’arrêter pour les observer de près et les photographier. Quel contraste avec l’année de sécheresse précédente ! Arrivés à Anezi, nous franchissons la porte d’entrée de la ville qui indique que nous pénétrons dans le pays du Jbel Lkest caractérisé par les attributs ornementaux des portes d’entrée des maisons anciennes, qui malheureusement ne sont pas repris dans les constructions récentes. Anezi se développe essentiellement sur une longue avenue et la ville est sans aucun charme, voire austère. On a du mal à repérer, aux 2/3 de l’avenue le panneau indiquant le départ à droite de la route de Tanalt, tellement il est caché par les feuillages d’un arbre, ce qui nous vaut un rappel à l’ordre sourcieux de gendarmes arrivant par un sens interdit que nous avons failli prendre. La suite de la route vers Tanalt se poursuit dans des paysages baignés de brume et des bas-côtés couverts de petites fleurs jaunes et blanches. Arrivés à Tanalt, avec sa tour militaire à créneaux en béton, nous allons faire demi-tour devant la mairie en haut de l’espace récemment aménagé, puis nous reprenons la route elle aussi récemment refaite vers Aouguenz. Passé le gué sur l’oued Takoucht avec ses longs trous d’eau permanents, nous bifurquons plus haut à gauche vers le douar de Timjijcht. S’ensuit une étroite piste bétonnée qui serpente jusqu’à la crête après un premier douar, avant de devenir piste en terre. On voit que dans ce secteur la pluie a été abondante car l’herbe dense ploie sous les gouttes de pluie. Tout est vert et au milieu de ce pâturage abondant des centaines de moutons se refont une santé. Certains, le ventre plein, sont même couchés sur la piste et je dois descendre pour les pousser à se ranger. Pour Michel, c’est la première fois qu’il vient à Timjijcht, le douar spectaculaire au bout de la piste. Mais hélas pour lui, il n’en verra rien, car bien avant l’important douar d’Azour N’Boutwala l’épais brouillard nous enveloppera jusqu’au bout. Qu’à cela ne tienne, malgré une piste détrempée et glissante, Titine, pour la beauté du geste et accrocheuse au moindre caillou, réussit à nous hisser jusque devant la petite mosquée de Timjijcht, là où une entaille dans la roche permet de descendre par un sentier escarpé à l’ancien douar blotti sur un éperon dominant de 700 m l’oued Takoucht. Je le dis par 19 mémoire car à cette altitude d’environ 1200 m, le brouillard est si dense qu’on y voit à guère plus de 6 m, au point que je n’arrive pas à situer la maison où nous avions pris un repas avec des amis d’ASAN. Pas de chance pour Michel qui devra revenir pour pouvoir apprécier la beauté de ce lieu tout aussi grandiose et exceptionnel que méconnu. Le retour en descente se fait toute en douceur et prudence, Titine dandinant des fesses pour suivre les ornières de terre grasse, tout en évitant la sortie de piste étroite bordée de profonds ravins dans la partie haute. Arrivés à Aouguenz, nous passons par l’épicerie de la rue centrale pour acheter une Vache qui rie, puis par le café un peu au dessus. La, nous découvrons que nous pouvons encore bénéficier d’une assiette de ragout et de quelques biscuits pour le dessert, dans une salle où le sol carrelé est couvert de sciure pour plus de confort en ces temps pluvieux. Le retour depuis Aouguenz vers Agadir se fait par la route entièrement refaite depuis Tanalt et qui rejoint la P1009 à Aït Milk, puis Biougra … et la frénésie de la circulation d’Agadir. Minoue, qui reconnait sa Titine entre mille, est déjà sur le balcon pour nous accueillir de ses miaulements, impatiente de retrouver son papa et son tonton qui ont tant à lui raconter…

NB : à ceux qui le liront, j’espère que ce compte-rendu vous aura apporté quelques informations et donné l’envie de vous aventurer dans ce beau territoire si mal mis en valeur et pourtant si riche de diversité. C’est bien parce que je l’apprécie que j’en souligne aussi les carences qui lui portent atteinte, en ne fermant pas les yeux sur les dérives qui donnent une image négative, la critique logique et de bon sens devant servir une prise de conscience et des échanges pour le bien commun et non pas une susceptibilité mal placée, comme c’est souvent le cas chez les « responsables ». Aussi, si certains ont des questions où des remarques particulières, n’hésitez pas à me les communiquer à l’adresse suivante, j’y répondrait.

Jean : targa61@gmail.com

Cordialement

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